La politique d’occupation du IIIème Reich

 

Après l’invasion de la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale, près d’un quart du territoire de la Deuxième République de Pologne est annexé par le Troisième Reich et gouverné directement par l’administration civile allemande.

La partie Est passe sous influence soviétique, comme le prévoyait le pacte germano-soviétique depuis des mois, tandis que le reste de la Pologne occupée prend le nom de Gouvernement général.

Les autorités nazies donnent à ces secteurs le nom officiel de « territoires orientaux intégrés » (en violet sur la carte). Elles prévoient une germanisation totale de ces terres qu’ils considèrent comme Lebensraum (Espace vital nécessaire à l’épanouissement du Reich).

En conséquence, les habitants juifs,  appartenant à la « race parasite », devront être relégués dans des ghettos avant d’être déportés dans les camps de concentration et d’extermination comme celui d’Auschwitz.

La population polonaise locale, « race inférieure » devra être asservie, avant d’être exterminée et, à terme, remplacée par des colons allemands.

Dans cette perspective,  les élites polonaises (intellectuels, religieux, médecins, notables … sont victimes de massacres de masse, tandis qu’ environ 780 000 Polonais sont expulsés, soit vers le Gouvernement général (en jaune), soit vers “l’Altreich” pour y être soumis aux travaux forcés.

Dans le même temps une politique de terreur est mise en place, visant à mettre au pas la population polonaise. Elle subit une ségrégation stricte vis-à-vis des Allemands, ainsi qu’une série de répressions : travaux forcés, exclusion de toute activité politique et de nombreuses activités culturelles.

En parallèle, la minorité allemande locale accède à divers privilèges et elle s’élargit de plus en plus avec l’installation d’Allemands. Parmi eux se trouvaient des fonctionnaires, des hommes d’affaires et des gérants d’entreprises autrefois juives ou polonaises.

Déportation des Juifs d’Oswiecim vers les ghettos et les camps de concentration. (Centre juif d’Auschwitz)

La germanisation d’Oswiecim

En septembre 1939, Auschwitz comptait approximativement quatorze mille habitants. La ville abritait une population à 60% de confession juive juive et quelque six mille catholiques. 

Les Allemands s’emparèrent d’Oswiecim le 4 septembre et commencèrent à la germaniser : le nom polonais de la ville fut rapidement changé en Auschwitz, nom qu’elle portait sous l’empire austro-hongrois, les rues, les ponts et les places reçurent rapidement des noms allemands, comme la place du marché qui fut baptisée Adolf-Hitler-Platz. Cette ville devait la ville-modèle illustrant la restauration de la grandeur allemande, le « paradigme de la colonisation à l’Est”. Selon Himmler. Elle constitue un champ d’application de plusieurs théories au cœur du nazisme.

 

La vision économico-politique des nazis :

Le « Blut und boden » (la terre et le sang) affirme la symbiose des allemands avec la terre. C’est dans le sol et sa culture que le Germain non seulement trouve son origine, mais tire sa vitalité. Les allemands, à commencer par l’élite SS doivent être des soldats-fermiers occupant et faisant fructifier l’espace qui leur revient de droit naturel. La colonisation agraire à l’est, doit leur permettre de restaurer la germanité de ces territoires. Cette utopie est mise en œuvre à Auschwitz dès les premiers mois d’occupation. Divers plans conçus concrétisent ces projets. Himmler lui-même planifie jusque dans les moindre détails les projets d’aménagement agricole. 

Puits à proximité de la synagogue dans l’entre-deux guerre. (Centre juif d’Auschwitz)

Place Rynek à Oswiecim

Carte établie par Konrad Meyer mettant en évidence les régions de Pologne prioritaires pour la colonisation germanique. 

Auschwitz : ville modèle du Troisième Reich.

Dans le même temps, l’industrie, autre dimension de l’Allemagne, moins conforme au principe du “Blut und Boden”, mais fondement de puissance,  est appelée à tenir toute sa place dans ce réaménagement de l’espace. Différentes entreprises de la SS, excroissances naturelles des camps, développent leurs activités dans le périmètre plus ou moins immédiat du camp. C’est le cas de la Deutsche Ausrüstungswerke (DAW) qui mêle menuiserie et productions métalliques diverses, fournissant tant le camp que l’armée, ou encore la Deutsche Erd und Steinwerke (DESt), qui exploite les gravières environnantes. Mais un projet d’une toute autre nature et ampleur sera initié au début de 1941 : celui de l’IG Farben. Si la ville est corsetée à l’ouest par l’espace dévolu à la SS, en revanche à l’est doit être érigée une immense usine pétrochimique. La ville d’Auschwitz est appelée à devenir une ville d’IG Farben.

 

Investie d’un rôle hautement idéologique où se mêlent intérêts du régime nazi et de l’industrie allemande, la ville doit être entièrement remodelée en ce sens ; Dès la fin de 1940 sont initiés les projets urbains confiés à l’architecte Hans Stosberg.

La vision architecturale nazie

Le projet de réaménagement d’Auschwitz est planifié autour d’un projet organisant la ville en 3 secteurs.  Le centre historique (ou vieil Auschwitz) doit être remodelé afin de lui redonner son supposé caractère germanique originel, et concentrer administrations et boutiques. Une partie du bâti doit être rasée, à commencer le quartier juif et le cimetière juif, à la place duquel doit s’élever un bâtiment du Parti nazi. Dans le même temps un Auschwitz -Est et un Auschwitz-ouest doivent être érigés, chacun constituant un centre autonome. Les différents projets peuvent prévoir de loger jusqu’à 80 000 personnes. Sont prévues 12 écoles, 20 terrains de jeux, 6 jardins d’enfants, des terrains de sport, piscines, cinémas, hôtels… L’ensemble est développé selon un axe ouest est de 4 kms, reliant la gare, qui doit être agrandie, à l’immense usine IG Farben. Tout comme le camp est un chantier permanent durant son existence, il en va de même dez la ville à partir de 1941. Des travaux ayant pour but de faire de l’ancien Rynek une place conforme aux principes architecturaux sont initiés, avec une homogénéisation des façades et le percement d’arcades, alors que dans le même temps débutent diverses constructions immobilières destinées au logement des allemands qui commencent à arriver, notamment les travailleurs IG Farben. .

dorénavant dans l’esthétique « allemande » et était censée devenir le centre politique, économique et culturel des Allemands originaires du sud du Tyrol.

Le projet architectural fut confié à Hanz Stosberg.

Auschwitz devait fournir “toutes les commodités possibles « jardins d’Enfants, stades,  appartements pour enfants”. Dans l’ombre de la plus grande usine de la mort, les allemands construisaient une ville aryenne parfaite. Seuls les allemands et la Volksdeutsche pouvaient être considérés comme des habitants à part entière d’Auschwitz. Au départ, ils n’étaient que 820. La ville, jusqu’à récemment appelée” Jérusalem d’Auschwitz”, a été choisie par les autorités nazies pour mener une grande expérience.

La condition préalable à l’application de ces plans, c’était le « déplacement » des Juifs et des Polonais de la ville. Dans cette association, planificateurs, architectes, historiens et anthropologues étaient chargés de la recherche socio-géographique et culturelle accompagnant la politique nazie de réaménagement démographique.

Voyons à présent les étapes de la construction de ce qui deviendra le premier camp d’extermination : Lien vers la genèse du camp d’Auschwitz.

Entreprise IG Farben ( Source : Bundesarchiv Bild 146-2007-0056, IG-Farbenwerke Auschwitz.jpg)

Démantèlement de la Grande synagogue d’Oswiecim, brulée en novembre 1939 par la Gestapo (Centre juif d’Auschwitz).

 

Adolf Hitler Platz (Centre juif d’Auschwitz)

L’un des plans d’Hanz Stosberg pour Auschwitz (Centre juif d’Auschwitz)

Traversée d’Auschwitz par les déportés (Centre juif d’Auschwitz)

Sources